Contes, mythes et légendes,
"Manifestation vivante de la Vie Unique",
dits par Régor au gré de la Vouivre

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Vous préférez voler vers les hauteurs ? Quittons-donc les mauvais lieux pour prendre modèle sur « l’Oiseau du Bas » et rejoindre comme lui « l’Oiseau du Haut » :..
 
 

 
L’OISEAU DU HAUT

ET L’OISEAU DU BAS
 
 
Il était une fois un arbre immense dont les racines plongeaient jusqu’au centre de la terre et dont les plus hautes branches touchaient à la cime du ciel.
Dans les branches du bas, un oiseau vivait sa vie, voletant de-ci de-là autour de son nid, à la recherche de la nourriture pour ses petits. Il était affairé et toutes ses journées étaient ainsi occupées. Lorsque la nichée prit son envol, il s’amusa, tout en cherchant sa nourriture, à monter un plus haut dans les branches de l’arbre. De jour en jour sa curiosité s’éveillait et il montait un peu plus haut chaque fois.
Puis sa vie d’oiseau de nouveau l’absorbait totalement, mais… le goût de l’aventure peut-être, une nostalgie, l’envie de voir toujours plus haut le reprenait. Il se risquait chaque fois un peu plus, tant et si bien qu’un jour, dans les hautes branches, il entr’aperçut un autre oiseau qui lui sembla immobile, alors que lui était toujours dans le mouvement, volant, sautillant et piaillant.
Dès lors, sa curiosité s’étant aiguisée, il n’eut de cesse de reprendre le chemin des hautes branches.
Chaque fois qu’il entrevoyait l’oiseau du haut, une sorte de crainte l’étreignait et il redescendait dans les branches du bas, si familières et rassurantes.
 
Un jour cependant, il osa, monta, monta, monta… ; il aperçut en effet cet oiseau immobile et s’approcha de lui.
Il vit alors que cet oiseau, c’était lui…
 
Cet Oiseau du Bas est en quelque sorte le rêve de l’Oiseau du Haut. Cette existence terrestre « est  tissée de la même étoffe que celle dont sont faits des rêves », affirmait Shakespeare
[1]. L’Eveil, c’est se voir comme le rêve en quelque sorte de son Soi essentiel, et retrouver l’Unité avec son Soi divin est l’ultime instant où Tout commence !
Par la voie descendante, nous nous sommes éloignés de la Source de nous-mêmes jusqu’au point le plus bas, là où commence la remontée, la voie ascendante. C’est le grand cycle que suit l’âme humaine dans son pèlerinage en ce monde.
« Connais-toi Toi-même » dit l’ancien adage. Et le Connaissant de décrypter : « Connais toi et Toi comme étant le même
[2] ». Hermès le Trismégiste a dit dans La Table d’Emeraude, il y a bien longtemps, « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire l’unité d’une seule chose ». Notre Soi divin, nous-même en vérité, n’est pas concerné par les aléas de cette existence, pas plus que nous le sommes par ce que nous vivons en rêve dans une autre dimension.
C’est pourquoi, dans le Chant des Trois Certitudes, Milarepa, le grand yogi tibétain, a pu dire : « J’ai acquis la certitude de la Non-Apparition…, j’ai coupé court aux fausses croyances de la naissance et de la mort ». Cet Oiseau du Haut, Lui, n’est jamais né et jamais n’a connu la mort. Sa projection, son double sur terre, son hologramme, n’a pas d’existence réelle. L’Oiseau du Bas est, au mieux, illusion divine, quand il n’est pas, au pire, l’illusoire du mental déconnecté de la Source créatrice…
L’Oiseau du Haut pourtant s’enrichit de ce que vit l’Oiseau du Bas, mais seulement par ce qui est déployé justement, mais non concerné par ce qui est créé par l’anti-nature née de l’ignorance, du doute, de l’erreur.
 


 
Est-il possible de concevoir que le Grand Illusionniste qui tire les ficelles de tant de coïncidences magiques surgissant dans nos vies soit aussi la marionnette qu’il manipule ?
 
 

 
LA MARIONNETTE

-TAS DE CHIFFON
 
 
Il était une fois une petite marionnette qui, lorsque le Grand Illusionniste en tirait les ficelles, pouvait mettre en œuvre quantités de spectacles différents, conter, écrire un livre, peindre un tableau, dire des choses justes et intelligentes, chanter, danser, soulager une douleur, guérir parfois…
Dès que le Grand Illusionniste cessait d’en tirer les ficelles parce qu’elle se rebellait contre Lui par dépit, par orgueil, par paresse…, cette marionnette n’était plus qu’un simple tas de chiffons !
Ceux qui l’entendaient parler, conter, qui lisaient ses livres, regardaient ses peintures, se mirent à encenser cette marionnette, à l’admirer, à la prendre pour un maître ! Grand bien leur fasse ! L’illusion était parfaite et le piège évident.
Mais arriva le moment de la vérité. La petite marionnette interrogée révéla souvent ce qu’elle était lorsqu’elle coupait le fil qui la reliait au Grand Manie-Tout : un simple tas de chiffons ! D’elle-même, elle n’avait rien d’intelligent à dire et ne faisait rien d’exceptionnel.
Alors ses adorateurs se muèrent en contempteurs et accusèrent cette pauvre chose de les avoir trompés !
 
Il arrive que certaines marionnettes cassent le fil qui les relie au Grand Illusionniste. Abandonnées à elles-mêmes, elles veulent continuer le spectacle malgré tout, soigner, parler, dire, écrire… Ah ! Grand bien leur fasse ! Le Grand Humoriste saura leur montrer en temps voulu qu’elles ne sont, elles aussi, que des marionnettes-tas de chiffons qui s’agitent d’elles-mêmes en vain, mues par leurs illusions…
 
Au demeurant, Marionnette et Grand Illusionniste ne sont qu’un et n’existent que l’un par l’autre ! 
 
Le Fil, c’est la corde d’Argent, ce cordon ombilical qui nous alimente par le divin de nous, par l’Oiseau du Haut.
Le Fou divin vous dira que c’est la marionnette qui crée l’illusionniste ! Celui qui tire les ficelles de l’être humain n’est pas autre que Lui ! Tout comme l’Oiseau du Haut n’est autre que l’Oiseau du Bas ! Comprenne qui pourra… cette Unité que fait un couple dans lequel l’un n’existe que par l’autre ! Tout comme le non- manifesté n’existe que par la manifestation et le Créateur par sa création.
La Grande Illusion divine, la Lila, comme elle est appelée en Orient, est le royaume des paradoxes. Il faut une Intelligence d’un autre ordre pour trouver la réponse à un koan, pour voir « l’unité de la force duelle
[3] » ! Si vous ne voyez pas de quoi il s’agit, essayez donc de séparer le recto et le verso d’une simple feuille de papier !

 

 
Conte où il est montré par la traditionnelle allégorie du miroir ce qu’est la manifestation vue comme :
 
 

LE MIROIR

DE LA CRÉATION

 
 
En ces temps reculés, le roi Arthur chercha à savoir quels étaient les artistes les mieux inspirés de son royaume.
Deux villages fameux étaient connus pour la valeur de leurs artistes et créateurs. Ils rivalisaient de prouesses pour la décoration des églises et des palais.
Leur réputation vint jusqu'aux oreilles du roi qui décida un jour de les départager. Il confia donc la décoration de chacun des murs de la plus grande salle de son palais à l'un et l'autre de ces villages. Les murs en vis-à-vis furent séparés par une vaste tenture et pendant six mois les artistes s'affairèrent, travaillant jour et nuit.
 
De temps à autre, le roi venait en visite pour se rendre compte de l'état des travaux. L'un des villages commença une fresque éclatante de couleurs illustrant la Création depuis son Origine. Sa beauté était à couper le souffle, même à l'état d'ébauche...
De l'autre côté, les villageois s'affairaient également. Ils plaquaient sur le mur une sorte de roche inconnue qu’ils frottaient, frottaient, frottaient avec obstination, du matin au soir, avec du sable d'abord, puis avec de la boue, avec de la cendre ensuite... C'était sale et triste !
 
Le roi voyait sa conviction sur l’issue de la compétition grandir à chacune de ses nouvelles visites.
Il se demandait de plus en plus s’il avait eu raison de confier la décoration de la moitié de cette salle à ce village dont l’œuvre paraissait de plus en plus grossière et méprisable... Il s'abstint cependant de tout jugement et attendit, pour rendre officiel son verdict, que les six mois fussent écoulés.
 
Le jour de l’inauguration, il commença par admirer la fresque retraçant la Création du Monde. Sa surprise était un peu émoussée mais il jugea l’œuvre d'une beauté inégalée à ce jour. Il admira surtout le portrait en pied qui était fait de lui, magnifique et flatteur.
Il fit ouvrir alors la tenture qui séparait la salle en deux et là, il fut ébloui... Sur l'autre mur apparut une fresque en tout semblable à la première, mais encore plus lumineuse et plus limpide !
Les artistes du second village avaient, durant six mois, transformé le deuxième mur en un miroir qu'ils avaient poli à la perfection !
 
« Le roi n’avait, jusque là, vu que des petits miroirs à main. Quelle ne fut pas sa surprise de voir que son image dans le miroir se déplaçait avec lui alors que dans la fresque elle restait immobile !
Un vieillard du second village, qui n’était autre que Merlin, s’approcha alors de lui et lui dit :
- Majesté, comme vous voyez votre image dans ce miroir, ainsi en est-il de la création entière qui est le miroir de Dieu ; comme le miroir est vide et ne garde aucune trace de ce qu’il reflète, ainsi en est-il de la Création. Et l’homme ainsi est-il miroir de Celui qui est et, hors de son regard, est-il vide !
[4] 
Il ajouta : 
- Celui qui veut recevoir l’Inspiration divine doit polir le miroir de son cœur afin qu’il soit désincrusté de tout. »
 
Souvent cette histoire fut contée sans la fin mise entre guillemets. Mais, en lisant L’Archange Empourpré
[5] d’Henry Corbin, je vis que Sohravardî ajoutait cette conclusion beaucoup plus instructive, allant jusqu’à l’ultime vérité !
Ainsi se vérifie une fois de plus que les contes initiatiques sont souvent amputés de l’essentiel, de leur troisième niveau anagogique, soit parce que les conteurs n’ont plus accès à sa compréhension, soit qu’ils aient la volonté délibérée de détruire la Tradition pour y substituer leurs croyances limitées. Il ne reste alors qu’une histoire qui, certes, élève encore un peu l’âme mais ne lui propose pas l’Intelligence véritable, ne nourrit pas le Germe d’Immortalité qui est en lui. Cette amputation cause un grand dommage. Même lorsque l’auditeur ne comprend pas, quelque chose de lui reçoit la charge de la vérité.
Lorsqu’il est ainsi décapité de son niveau métaphysique, le Conte initiatique est comme un saumon hors de l’eau. Certes, vous pouvez en manger la chair, que vous apprécierez, mais vous ne nagerez pas avec lui dans la rivière pour remonter jusqu’à la Source…
Si l’Homme veut retrouver sa dimension véritable, ne plus être un simple robot conditionné, le reflet de son reflet, il lui faut s’atteler à cette tâche urgente, renouer avec le Fil de la Tradition et passer de l’autre côté du miroir, sous peine de se condamner lui-même à de vaines souffrances.
 
 

[1]  - Hamlet.
[2]  - Emmanuel-Yves Monin.
[3] - Karuna Platon – Nouvelle  Lettre Ouverte à l’Ami sur le Chemin de la Vérité – Les Editions de la Promesse, 1998.
[4] - D’après un conte de Sorhavardî. Une version chinoise existe également.
[5] - Ed. Fayard, 1976.

Voir : http://miroirsymboledessymboles.wifeo.com/ 



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