Contes, mythes et légendes,
"Manifestation vivante de la Vie Unique",
dits par Régor au gré de la Vouivre

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Quantité de Contes et de Légendes traditionnels nous parlent du miroir dans l’un ou l’autre de ses aspects[1]. C’est un petit objet si simple et si mystérieux ! Dans nos pays d'Europe, et surtout en France, il est associé d’abord à la séduction et à la beauté. Mais attention ! Notre œil est-il sain ? 
 

 
DU MIROIR BRISÉ ET DE SES MORCEAUX
 
 
Connaissez-vous la première partie de l'histoire de La Reine des Neiges, ce conte d'Andersen ? Elle « traite du miroir et de ses morceaux ».

 
Le diable réussit un jour à fabriquer un miroir dans lequel le beau et le bien étaient rapetissés alors que le mal se trouvait amplifié. Qui se regardait dans ce miroir se découvrait difforme. Lorsque les diables voulurent l'élever vers le ciel, pour que Dieu s’y contemple, il éclata et ses morceaux s'éparpillèrent sur la terre entière. Ceux qui en reçurent un éclat dans l'œil virent partout le mal. Ceux qui reçurent un éclat dans le cœur furent endurcis dans le mal et ceux qui voulurent utiliser des morceaux de ce miroir pour se fabriquer des lunettes connurent les pires mésaventures !
Le conte, comme la légende, donne toujours les clefs de l'aventure humaine. Pourquoi l'homme a-t-il perdu son ressentir naturel ? « Cela vient de ce qu'il a au cœur un éclat de verre, et dans l'œil un éclat de ce même verre, qui dénature les sentiments et les idées. Il faut les lui retirer ; sinon il ne deviendra jamais un être humain digne de ce nom...[2] » Et seul peut faire cela le miracle de l'Amour.
Dans ce récit, ce sont les larmes de la petite Gerda qui délivrèrent son ami Kay des éclats qu'il avait reçus dans le cœur et qui lui avaient brutalement changé le caractère. Pour lui, elle souffrit de grandes épreuves. Lorsqu'elle le retrouva dans le palais de la reine des Neiges, elle pleura de chaudes larmes qui « tombèrent sur la poitrine de Kay, pénétrèrent jusqu'à son cœur et en fondirent la glace, de sorte que le vilain morceau de verre fut emporté et la glace dissoute. 70 » Alors Kay, à son tour, « éclata en sanglots; les larmes jaillirent de ses yeux et le débris de verre en sortit... 70 »
A la fin de l'aventure Gerda et Kay sont devenus adultes. « Ils avaient grandi, et cependant, ils étaient encore enfants, enfants par le cœur770. »
Ah ! Relisez ce conte pour retrouver votre cœur d’enfant ! Il est quelque part dans votre bibliothèque sur un rayon poussiéreux… Le conte veux-je dire ! Quant à votre cœur d’enfant…
La vie vous a désillusionnés, croyez-vous ! C’est le contraire qui est vrai et vous êtes alors en pleine illusion…
Souriez ! C’est si simple de voir une bonne fois pour toutes que la plupart des humains, à cause de l’école, du catéchisme, de la famille, de… leurs propres erreurs surtout, deviennent vieux très tôt. Et qu’ensuite, ils rajeunissent lorsqu’enfin ils apprennent, après bien des larmes, à sourire d’eux-mêmes ! Buvez à la Fontaine de Jouvence[3]… Acceptez de retrouver votre naïveté.
La petite Gerda se conduit en Fidèle d’Amour…

 

[1] -Voir notre livre : Le Miroir, Symbole des Symboles, (Editions Dervy, 1995), 2ème éd. Editions du Cosmogone, 2011.
[2] - Contes d’Andersen – La Reine des Neiges – Flammarion, 1947.
 
 
 
Pourquoi ne pas parler de la seule Vérité sans l’habiller d’images dont la compréhension n’est en rien évidente ? Le conte dit lui-même ses limites et leur cause…
 

 
LA VÉRITÉ TOUTE NUE
 

 
Souventes fois une question m’a été posée :
- Pourquoi utilisez-vous le Conte pour parler de la Sagesse et de la Vérité ?
Je vais répondre à cela par un conte... sur un conte, en quelque sorte...
 

En des temps fort anciens, la Vérité habitait au fond d'un puits, quelque part dans le désert. C'était la Vérité-Toute-Nue qui vivait là depuis des millénaires, et seuls quelques sages, ou prétendus tels, allaient parfois la contempler.
Or un jour, la Vérité décida, on ne sait trop pourquoi, de sortir du puits où elle vivait et de parcourir les villes et les villages des hommes.
Elle sortit comme elle était, c'était la Vérité-Toute-Nue !
Mais lorsqu’elle traversait les rues et les ruelles des villages des hommes, ceux-ci se détournaient d’elle par honte et par crainte. Ils n’osaient pas la regarder dans les yeux et ils ne supportaient pas de la voir ainsi nue...
Elle, la Vérité-Toute-Nue, était triste et malheureuse de se sentir ainsi rejetée, telle une pestiférée avec sa clochette. Elle repartait sur les chemins, toujours plus triste et plus malheureuse...
Or, un jour où elle était encore plus triste qu’à l'accoutumée, elle fit la rencontre du Conte, dans ses beaux habits de fête, des habits chatoyants, multicolores et joyeux.
- Ah ! Bonjour Vérité-Toute-Nue, lui dit le Conte qui n'avait pas peur de la regarder dans les yeux. Mais pourquoi as-tu l’air si triste et si malheureuse ?

- C'est, lui dit la Vérité-Toute-Nue, que lorsque je traverse les rues et les ruelles des villages des hommes, ceux-ci se détournent de moi comme si j'étais vieille et laide !
- Mais tu le sais mieux que personne, Vérité-Toute-Nue ! Tu n’es ni vieille, ni laide ! Ce n'est pas cela ! Ils ne supportent pas tout simplement de te voir nue. Tiens, choisis parmi mes plus beaux habits, et tu verras...
C'est depuis ce temps-là que la Vérité emprunte les plus beaux habits du Conte. Et les hommes depuis  lui font  un meilleur accueil...[1]
 
Mais vous qui avez compris la Vérité, nul besoin n’avez des beaux habits du Conte qui ne sont qu’oripeaux !
Osez montrer votre peau !
Contemplez, vivez la Nue Déité !
Contemplez, vivez votre Nue Déité…
 
Longtemps le conte s’est arrêté avant que la fin ne fut donnée.
C’est qu’il faut aller au bout de ses émotions humaines pour vivre l’énergie du Feu. Dans sa Quête du Saint Graal, le Chevalier abandonne alors sa monture, cesse, comme il a été dit, d’être « à son cheval lié », pour monter dans la Nef Aventureuse et se laisser porter au gré du vent, au gré de la Vie.
Plus de notion ! L’état de virginité qui est « de vivre les événements portés par le hasard sans jamais exiger rien de plus[2] » !
La nudité physique n’est d’ailleurs qu’un premier plan, difficile pour certains, sans problème pour d’autres… Mais que dire de la fin des émotions humaines qui est la nudité sur le plan émotionnel-relationnel ? De la nudité mentale lorsque tombent ces oripeaux que sont les notions, les idées arrêtées, les croyances qui empêchent de vivre l’instant dans sa plénitude !
Nus nous étions, nus nous sommes nés et nus nous mourrons « lorsque, tous masques levés et tous vêtements dépouillés, nous verrons, dans notre nudité première, la Fleur d’Or, sous l’aspect soudain terrible de celle que le Bardo Tödol appelle la Claire Lumière du Vide, offrir la foudre de son éclat à nos yeux effarés et vite aveuglés.[3] »

Avant, expérimentation ! Ou refoulement, fermentation des pensées malsaines qui induisent ensuite toutes les déviances et crimes qui sont légions dans nos sociétés dénaturées.
Dans quelques rares lieux, comme les « Rassemblements de l’Arc-en-Ciel », la nudité est sans problème. Dans certains se trouve un Love Temple, avec ses danses espagnoles ou orientales, et des jeux très corps à corps, des contacts ludiques et sensuels ! Le cocooning où la personne allongée est portée à bout de bras et bercée tandis qu’est chantée « une chanson douce que me chantait ma maman, en suçant mon pouce, le soir en m’endormant ». Ah ! Quel bien être de se retrouver petit enfant bercé par l’amour de tous ceux qui sont là ! Inoubliable pour beaucoup qui n’ont jamais vécu un tel moment de tendresse depuis leur enfance ! Et le cuddling ? Pouvoir se blottir, se pelotonner amoureusement contre quelqu’un sans rien de plus. Les hugs chaleureux où tous se serrent en répétant :
- I love you.[4]
Cela coupe court à toutes les recherches compensatoires : cigarette, drogue, alcool, drague, besoin d’animal domestique… ; cela atténue et guérit les blessures affectives mieux que beaucoup de psychothérapies ! Un don gratuit, sans projection, sans désir et sans pensée…

 
 
 

Sinon, que de fermentation de désirs insatisfaits ! Les mises en garde sont données par le bon sens, comme il est dit dans cette histoire Zen :
 
LES DEUX MOINES
ET LA FEMME DU GUÉ
 
Il était une fois deux moines errants qui allaient par les chemins. Ils arrivèrent près d’un fleuve qu’il était possible de traverser à gué, mais en se mouillant quelque peu. Sur la rive, une femme attendait. Elle demanda aux moines si l’un d’eux ne voudrait pas lui rendre le service de la prendre sur son dos pour traverser. Elle était craintive et surtout avait peur de se mouiller. Le plus vieux des deux moines la prit sans façon sur son dos et la transporta sur l’autre rive. Ils continuèrent leur chemin en silence. A quelques kilomètres de là, le plus jeune moine dit à son compère :
- Qu’as-tu ressenti lorsque tu as porté cette femme ? Cela a dû être dur pour toi, son poids, ses formes, son odeur…

- Tu vois, répondit le vieux moine, moi, je l’ai déposée sur l’autre rive. Toi, tu la portes encore !
Saint Antoine, retiré dans le désert, était assailli de rêves érotiques, tenté par des houris séduisantes et lascives !
Aller à l’encontre de la nature telle qu’elle est manifestée est une voie dangereuse qui peut mener à maintes perversions comme l’actualité en ces temps sombres le montre continuellement.
Les Soufis de l’Islam font tout naturellement de l’amour humain le marche-pied de l’Amour du Bien-Aimé, du Seigneur, de la Cause Unique…
Ainsi vivent les Fidèles d’Amour, les Fous divins.
 
 
 
En Orient, les amants mythiques ne sont pas Tristan et Iseult, mais Leïla et Majnun.
Majnun, cela veut dire « le Fou », le Fou d’Amour. Une Folie déconcertante par son paroxysme, mais surtout parce qu’elle dépasse le sens commun pour se situer dans l’Essence qui reconnaît Tout « comme Un » !
 

LE NOM DE LEÏLA

 
 
« Quelqu’un demanda un jour à Majnun :
- Majnun, que dis-tu de Leïla ? 

A ces mots, Majnun tomba à terre, la tête à la renverse et répondit :
- Prononce encore une fois ce nom. Qu’attends-tu donc de moi ? Il suffit de prononcer le nom de Leïla. Répandrait-on d’innombrables paroles de sagesse, elles n’auraient pas la valeur du seul nom de Leïla !
Lorsque tu prononces ce nom avec ses attributs, tu révèles du même coup tous les mystères de la vie.
Puisqu’on peut parler de Leïla, si l’on parle d’autrui, ne fût-ce qu’un instant, on commet un blasphème ! 
 
Lorsque devant Majnun, le Fou, on prononçait le nom de Leïla, il recouvrait aussitôt la raison, mais si l’on parlait d’autre chose, il était pris de démence et se mettait à crier…
 
Si tu es conscient du néant de ton moi, tu penseras à Lui, mais tant que se dressera devant toi la barrière de ton moi, tu auras beau penser à Lui, tu ne feras jamais que penser à toi-même. [5] »
 
C’est pourquoi un Fidèle d’Amour parmi les fidèles disait :
- Si quelqu’un dit « Lui », récuse-le.
Et une autre : « Il n’y a pas d’autre Demeure que Moi Demeure infinie[6] ».

 
Qui est Leïla? C’est la personnalisation du Seigneur, du Seing-Or, du Sceau de l’Origine, de la Source de l’Energie Amour dont le souffle crée l’Univers à chaque Instant. Il a mis en vous un Germe d’Immortalité indestructible, quelles que soient les vicissitudes de nos vies !
Alors vivez nos passions…
Quelle tristesse que d’être sans passion !
Alors qu’on peut vivre cent passions… en Une !
« Celui qui aime est fou » disait Bernard de Ventadour après tant de ses pareils. Amour est feu dévorant, qui certes est cause de bienheureuses souffrances !

 

[1] - D'après un conte traditionnel indien rapporté par Lobsang Rampa.
[2] - Voir le conte : « La disparition de la Licorne ».
[3] - Lu Tsou, Le  Secret de la Fleur d’Or, Librairie Médicis, 1969, préface, p. 11.
[4] - Voir : http://batisseurs.utopies.free.fr/festival-rainbow.html
[5] - D’après Farid-od din’ Attar – Le Livre Divin.
[6] - Karuna Platon.


Peut-on reprendre mot à mot pour ainsi dire, ces contes merveilleux qui se disent de bouche à oreille depuis des siècles ? Tous les conteurs sont des plagiaires en quelque sorte puisqu’ils ne cessent de redire ce qui toujours a été dit...
 

Attention ! Il n’y a pas de rose,

fut-elle de l’Âme, qui ne soit sans Épine !

 
 
L’AIGUILLE ET L’ÉPINE
 
 
Lorsque Majnun trouva un moment propice pour s’asseoir auprès de Leïla, celle-ci lui dit :
- Mon amant, montre-moi ce que tu as à m’offrir.
Majnun répondit :
- A cause de mon amour pour toi, je n’ai plus rien, ni terre, ni eau, ni puits. J’ai perdu jusqu’au pouvoir de m’endormir la nuit… Tu as pillé le trésor de ma raison... Que t’offrirai-je ? Il ne me reste que ma vie. Un seul signe de toi, je la tranche aussitôt. 
Leïla, la bien-aimée, répondit :
- A quoi bon te prendre ce bien ? Pourtant, donne-moi quelque chose ! 
Alors, Majnun prit au revers de sa djellaba une simple  aiguille et dit :
- Je n’ai que ceci ici-bas. Je te la donne. Souvent en marchant la nuit dans le désert, mon pied butte une pierre ou bien encore il est déchiré par l’épine. Je me sers de cette aiguille pour retirer l’épine de mon pied. 
- Voilà bien, dit Leïla, ce que je voulais que tu me donnes.
Si tu es sincère dans ton amour, à quoi peut te servir cette aiguille ?
Si une épine te pique le pied, il ne faut pas la retirer avec une aiguille. Ce n’est pas là l’acte d’un amant fidèle ; elle te servira de guide sur le chemin de l’union.
Il ne faut pas l’extraire car le propre de l’amoureux est d’accueillir la douleur dont son aimée est la cause.
Considère cette épine comme une rose qui embellit ta robe. [1]
 
Qu’est le Chemin de l’Amant véritable ?
 
Une autre fidèle d’Amour entre les Fidèles a écrit :
 
« Que chaque Pas soit doux comme le velours,
même lorsque le Chemin est rempli d’Epines.
 
Que chaque Pas soit doux comme le velours
et que les Pieds se reposent
lorsque sur le Chemin il y a plein de Roses.
 
Que vos pas soient doux comme le velours
    lorsque le Chemin est rempli de Sang.
 

Chemin d’Epines,
Chemin de Roses,
Chemin de Sang,
Chemin de Parfum...[2] »
 
 

[1] - D’après Farid-od din’ Attar.
[2] - Karuna Platon, Les Sons de Dieu, Le Point d’Eau, 1986, p. 177.
 
 



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