Contes, mythes et légendes,
"Manifestation vivante de la Vie Unique",
dits par Régor au gré de la Vouivre

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Voici une histoire merveilleuse pour endormir ceux qui aiment le sommeil et le rêve…
 
 
LA PRINCESSE

AUX CHEWING-GUMS D’OR


 
 
Il était une fois un jeune et beau berger qui vivait paisiblement en gardant ses moutons sur le flanc des collines. Il passait toutes ses journées à tailler des flûtes dans les roseaux qu’il coupait au bord d’un lac des environs et, la nuit, il jouait des airs mélodieux et tristes sous les étoiles. Il avait, auprès de lui, un chien fidèle qui s’occupait presque seul de la garde du troupeau. Il est vrai que le son de la flûte de son jeune maître suffisait souvent à le rassembler.
 

Or un soir qu’il retournait au village en jouant sur sa flûte un air encore plus beau, plus triste et plus mélodieux qu’à l’accoutumée, il aperçut une jeune biche au poil fauve qui le fixait avec tristesse de ses yeux verts ; et cette biche pleurait. Comme attiré malgré lui, il la suivit à travers la forêt.

 

Soudain elle disparut de façon aussi soudaine et mystérieuse qu’elle était apparue. Il lui sembla qu’elle avait été comme happée par un arbre. Etonné, il s’appuya sur celui-ci et une porte s’ouvrit sous sa poussée. Il vit alors un escalier qui s’enfonçait dans les profondeurs de la terre. Prudemment, il descendit marche après marche dans une obscurité inquiétante. Il pénétra dans une salle spacieuse et aperçut deux yeux d’un vert brillant qui le fixaient. Il porta à ses lèvres la flûte qui ne le quittait jamais et se mit à jouer l’air qui avait attiré la biche jusqu’à lui.
Les yeux verts s’immobilisèrent et, en approchant, il vit un loup étrange, aux poils roux, qui semblait garder l’entrée du souterrain ; il lui sembla même voir comme des larmes dans ses yeux !


 

Hypnotisé par la flûte, le loup lui laissa le passage et le souterrain mena le jeune berger jusqu’à une immense caverne où brillaient des pierres précieuses éclairant les lieux. Là, il vit la jeune biche aux poils roux qui pleurait en le fixant de ses yeux verts. Emu, il n’osa approcher et, comme pour la consoler, il porta alors sa flûte à ses lèvres et joua… ô, comme il n’avait jamais joué de sa vie !
La biche se changea en une belle princesse aux yeux verts et à la chevelure de feu.
- N’approchez pas, lui dit-elle presque timidement, n’approchez pas ! Je suis retenue là prisonnière dans ce palais souterrain et je ne puis sortir que sous l’apparence d’une biche. Le Dragon de la Montagne de l’Est m’a demandée en mariage et, comme j’ai refusé sa main, il m’a jeté un sort. Tant qu’il vivra, je suis condamnée à rester ici enfermée… et à ne sortir que sous l’apparence d’une biche.
Alors, n’écoutant que son cœur, le jeune berger s’écria :
- Dites-moi où est ce monstre et je le tuerai !
- Pauvre berger ! Que pourrais-tu faire contre lui ? Il crache le feu et la terre tremble sous ses pas ! Il est terrible et gigantesque ! Sans nul doute, il te tuera et j’en serai encore plus triste et plus malheureuse…
- Mais je ne pourrai plus vivre en vous sachant prisonnière ! Déjà ma gorge se noue et plus aucun son ne sort de ma flûte. Advienne que pourra ! Je marcherai vers l’Est et, si Dieu m’aide, je tuerai ce dragon ! dit le berger en sortant de sa poche le couteau avec lequel il taillait les roseaux enchantés qui produisaient cette musique magique sous son souffle.
 
Alors deux grosses larmes coulèrent des yeux de la princesse aux cheveux de feu.
Elle détacha de sa ceinture une bourse et la tendit au berger.
- Prenez, lui dit-elle. Cette bourse contient trois chewing-gums d’or. Chaque fois que vous serez en danger, prenez-en un, mâchez-le et le vœu que vous ferez sera exaucé. Partez maintenant…
Lorsqu’il se retourna, il lui sembla que la belle princesse aux yeux verts et aux cheveux de feu avait repris apparence de biche… Il passa de nouveau devant le loup immobile qui le fixait de ses yeux phosphorescents, remonta l’escalier et sortit de l’arbre. Immédiatement il partit vers l’Est à grands pas, sans un regard en arrière.
Il marcha ainsi des jours et des jours. A chaque personne qu’il croisait il demandait :
- Où se trouve la Montagne du Dragon qui crache le feu ?
On lui répondait chaque fois :
- Plus loin, plus loin vers l’Est. Mais n’y allez pas ! Il est terrible et il a dévoré tous ceux qui ont osé s’approcher de son antre !
Lui continuait son chemin. Plusieurs fois, le soir, en se retournant, il crut voir une biche qui le suivait en se cachant, une biche aux poils roux et aux yeux verts… Et chaque fois, son cœur était pris d’un nouveau courage !
 
Cependant, les jours de marche l’avaient épuisé. Il lui fallait s’arrêter, ou bien… Il pensa à la bourse, prit un chewing-gum d’or et le mâcha en pensant :
- Qu’un cheval vienne pour me porter jusqu’à la montagne !

 

Un magnifique destrier surgit à l’instant, un cheval bai, aux yeux… verts. Il l’enfourcha aussitôt et, au galop, reprit la route de l’Est. Après des jours et des jours de chevauchée, il aperçut par une nuit claire, des flammes qui jaillissaient au loin dans le ciel. C’était la Montagne du Dragon ! Il le sut aussitôt et s’arrêta effrayé. Que faire ? Il lui fallait de l’aide. Il sortit un second chewing-gum d’or qu’il porta à ses lèvres :
- Qu’il me vienne une armure, une lance, une épée et un bouclier ! pensa-t-il en lui-même.
Il se trouva immédiatement armé de pied en cape.

 

Alors, il courut sus au Dragon qui faisait trembler la terre à chacun de ses pas et qui crachait des flammes. Il ne vit pas que ce Dragon avait les yeux verts ! Avec une témérité inouïe, il lui porta un coup de lance qui lui transperça le cœur. Il bondit de son cheval, brandit son épée et lui trancha la tête. Seulement alors il vit que des énormes yeux verts du Dragon coulaient des larmes de feu.
D’étonnement, il ferma les yeux et, lorsqu’il les ouvrit à nouveau, il avait devant lui la belle princesse de la grotte, la princesse aux yeux verts et à la chevelure de feu qui le regardait en souriant…
 

 


Merveilleux ! Vous vous êtes laissé bercer ? Avez-vous remarqué cependant qu’il y est question de l’Unité du Tout ? La biche est le loup, la princesse, le cheval, et le dragon. Il y a un point à l’intérieur de vous qui sait que cela est vrai et qui est touché… Marchez vers l’Est, la direction de la naissance…
Alors, vous vous prenez à rêver. Mais, ce que vous prenez pour rêve est la réalité, et ce que vous croyez réel est votre rêve. Quelle merveille ! Quelle magie ! Et quelle joie ! Que pensez-vous des chewing-gums d’or ? Pourquoi cette modernité ? Peu importe ! Dans tout conte digne de ce nom, la Princesse, tout comme le Prince, est un substitut, un rappel du Principe, Source de la Manifestation dans son Unité.
Comment ce conte entra-t-il dans mon escarcelle ?
Il était une fois un conteur qui, un soir de noces, faisait son numéro accoutumé devant les invités, parmi lesquels quelques enfants. Lorsqu’il se tut enfin, une petite fille vint vers lui et lui dit :
-  Est-ce que tu connais La Princesse aux chewing-gums d’or ? 
Il dut avouer sa profonde ignorance tout en pensant intérieurement que, décidément, les enfants de maintenant… !
La petite fille conta magnifiquement cette histoire à toute la noce à la grande surprise des parents sidérés de voir que leur fille était une conteuse née ! Ils durent sans doute « tirer sur les feuilles de salade pour la faire pousser » car, quelques années plus tard, formatée par l’école et la famille, elle ne se rappelait plus du tout cette soirée où son âme avait su s’exprimer librement. Peut-être un rappel fera-t-il surgir de sa mémoire ce souvenir de la soirée magique où, avec d’autres enfants, elle sut se déguiser, monter un spectacle et conter ?
 
 



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