Contes, mythes et légendes,
"Manifestation vivante de la Vie Unique",
dits par Régor au gré de la Vouivre

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LE PARADIS RETROUVÉ
 
 
 
Il était une fois, dans la région de Saint-Louis, dans le Missouri, une vaste forêt vers laquelle convergèrent, venues de tous les Etats de l’Union et de maints autres pays, trente mille personnes, hommes
, femmes, enfants et jusqu’aux vieillards, prévenus on ne sait comment, venant là on ne sait d’où ni pourquoi, au grand affolement de ceux qui ont peur de la vie et se barricadent derrière les interdits.
Depuis des semaines, ils arrivaient en famille, en tribus, en groupe ou bien isolément. Ils installaient leurs tentes, montaient leurs tipis, construisaient leurs cuisines, creusaient les latrines, installaient les douches. Ils se répandaient dans les vastes clairières et les sous-bois de cet immense parc naturel où, selon la Constitution américaine, chacun a le droit d’aller et venir.
A chaque arrivée nouvelle, c’étaient grandes embrassades, « hugs » chaleureux, sourires et danses. Ceux qui le voulaient étaient nus, en grande simplicité, ou bien avec quelques tissus colorés. Beaucoup avaient peint sur leur corps des tatouages aux couleurs rutilantes. Les hommes, les femmes, les enfants étaient beaux, comme transfigurés par la simple joie d’être là.

 
C’était la grande famille de l’Arc-en-Ciel qui se réunissait comme chaque année, en un lieu différent de cet immense pays. Point de bruit sinon les percussions, les flûtes ou les guitares des musiciens. Point de drogues, point de chiens, point d’alcool, point de service d’ordre, point de voyeurs, ni d’organisation visible et, fait encore plus surprenant, point d’argent ! Point de discours, point de dogme, point d’idéologie. Deux mots simplement : Peace and Love.
Pendant tout le mois de cet étrange rassemblement il n’y eut que du troc, pour le plaisir d’échanger, en palabrant, les fruits d’un travail artisanal, des rencontres amicales, sensuelles ou amoureuses.
Dans les clairières, des cercles se formaient pour échanger, parler, chanter ou danser. Des groupes circulaient, traversant les cours d’eau sillonnant la forêt. Ici, de la nourriture était distribuée à qui voulait, là des fans d’Elvis chantaient devant un portrait de leur idole, ailleurs on partageait une pastèque comme à un repas de communion. Dans la plus grande rivière, des hommes et des femmes nus, en cercle, se tenant par la main, improvisaient un rituel de baptême dans une joie rayonnante. La sensualité était naturelle, comme jadis au paradis.
Chaque soir, dans la plus grande des clairières, une spirale se formait composée de milliers de personnes assises en vis-à-vis et des volontaires distribuaient à tous une nourriture simple, saine et frugale. Un miracle de chaque jour obtenu par le «  chapeau magique » dans lequel qui pouvait versait son obole pour la nourriture du lendemain, et par les centaines de bénévoles anonymes qui, en toute discrétion, œuvraient aux cuisines, à l’accueil et partout où il y avait à faire.
Puis le feu de camp, les percussions et la danse jusqu’aux aurores.
A un carrefour, un grand panneau d’affichage pour les renseignements, les consignes, les demandes, les propositions, ici de yoga ou de massage, ailleurs de thèmes de discussions, de propositions d’échanges, d’adresses, de rendez-vous…
Nulle part de papier jeté, pas même de mégot qui ne soit aussitôt ramassé par des mains discrètes gantées pour la circonstance, les gants étant le plus souvent le seul vêtement.
Chaque jour, le cercle de parole pour faire le point, répercuter les consignes, et décider à l’unanimité ! Parle celui qui tient la plume et chacun écoute sans intervenir, prenant la plume à son tour !
Le matin du Jour J, celui de l’Indépendence Day, un silence s’étendit dans tous les campements ! Vingt, trente mille personnes en silence ! Sans rappel à l’ordre autre que quelques pancartes tenues à la main par des volontaires ! Puis, en fin de matinée, la foule se mit à converger autour du feu de la grande clairière, formant des cercles silencieux de plus en plus denses et impressionnants. Un silence palpable.
Dans le ciel pur d’un bleu serein, apparut l’hélicoptère de la police surveillant cet étrange rassemblement qu’elle n’avait pu interdire.
A midi, son bourdonnement fut couvert par le OM chanté à l’unisson, sorti de milliers et de milliers de poitrines.
 
A cet instant, autour du soleil à son zénith, apparut un arc-en-ciel circulaire ![1]
 
 
Oui, voyez et changez votre comportement vis-à-vis de votre Mère la Terre. Elle est méconnaissable du fait des hommes dénaturés qui ne respectent plus rien. Pourtant, c’est :
 

 
 
LA TERRE QUI ENFANTE L'HOMME
 
 
 
 
               Il était une fois...
               C'est une histoire terrible !
               Je ne sais si je dois la raconter, elle est tellement terrible ! C'est l'histoire d'une mère..., d'une Mère défigurée..., l'histoire de ma Mère...
 
               Elle m'a porté dans son sein...
               Ah ! Je ne vous dis pas...

Pas neuf mois, non, pas ça seulement..., mais des siècles, des millions d'années, et même plus...
               Ma Mère, oui, ma Mère... Disons… des milliards d'années ! Jamais aucune Mère n'avait jusque-là tant aimé,
tant attendu, tant souffert d'être grosse,
tant souffert, des siècles durant, les douleurs de l'enfantement.
               A ma naissance, elle était encore jeune et belle, comme une étoile au firmament, ma Mère, et son lait était doux et sucré.
 
               Ma Mère, c'est aussi votre Mère...
Mon corps, là, ma chair, mon sang, mes os, ma peau, c'est sa substance !
               Ma Mère, c'est aussi votre Mère...
               L'avez-vous rencontrée ?
Avez-vous vu son visage défiguré ? C'est comme une lèpre qui la ronge...
               Son sang s'est empoisonné, sa peau tombe en lambeaux.
               Et c'est moi le coupable !
               Pourtant, je l'aimais, ma Mère ! Je l'aime encore...
 

               J'aurais dû écouter mon Père...
               Du jour où j'ai voulu voir, je suis devenu aveugle...
               Et c'est moi, aveugle, qui ai lacéré le visage de ma Mère...
               Aucune Mère pourtant n'a été si fidèle, si aimante...
 
                Mon corps, ma peau, mon sang, mes os, je les lui rendrai pour lui faire un nouveau visage...
                Je les lui rendrai avec tant d'amour qu'elle redeviendra belle, ma Mère !
               Elle qui m'a porté des milliards d'années...
 
               LA TERRE QUI ENFANTE L'HOMME.
 

Certes, ce n’est pas nous qui allons sauver la Terre, mais tout le contraire ! Comme le soleil, elle nourrit les bons comme les méchants, mais comme toute mère digne de ce nom, elle sait aussi donner aux hommes les leçons qu’ils méritent. Elle est au juste service de la Mère Universelle. « Qui aime bien châtie bien », dit le proverbe. Aussi ne faut-il pas s’étonner des remises en ordre qu’elle propose à travers les catastrophes qui n’ont de naturelles que les apparences.
 

Dans les Temps Premiers, les hommes vivaient en bonne intelligence avec les forces de la Nature. Abandonnant le nomadisme pour la culture sédentaire et pour l’élevage, ils mirent le doigt dans un engrenage que nous voyons broyer de plus en plus les humains. Mais ils gardaient encore, au début, un culte pour le serpent, le plus vieux culte du monde sous toutes les latitudes. Il est vrai que le serpent symbolise la Vouivre.
 
 

 
Connaissez-vous le pays du DIEU-SERPENT,
 
le Dieu vivant de la fertilitÉ ?

 
 
 
C'est dans les montagnes perdues aux frontières de la Birmanie et du Siam, dans un village primitif où le temps semble s'être arrêté.
Là, lorsque les champs n'ont point donné de bonnes récoltes depuis longtemps, et que la disette menace, lorsque aucun enfant n'est né depuis des mois dans la tribu, alors les paysans viennent en délégation voir la Grande Prêtresse du Dieu-Serpent. Ils lui demandent, ils la supplient, au nom de la tribu, pour assurer la fertilité des terres et la fécondité des femmes, de faire la Grande Cérémonie de la Danse au Dieu-Serpent.
Cette danse, depuis toujours, les femmes de son clan ont osé la produire, sa grand-mère et sa mère avant elle, et ses sœurs dont certaines n'ont pu survivre à la confrontation avec le Grand Cobra Royal dont le venin peut tuer cent hommes, et qu'il faut par trois fois, au risque d'une mort atroce, aller baiser la tête.
 
Alors la Grande Prêtresse se retire avec ses sœurs pendant trois jours dans la grande case vouée à la préparation de cette danse si belle, si simple et si terrible. Là, en songe, elle voit le Dieu-Serpent qui danse, elle en connaît ainsi chaque mouvement, chaque ondulation dans leur soudaineté et dans leur force. Elle le connaît dans son essence, là, déjà, en songe.

Lorsque le jour fatidique est venu, ses compagnes lui enduisent le visage, les bras, les mains, les jambes d'une pâte huileuse qui la protégera du venin que la bête crachera pour tenter de l'aveugler et de la tuer.
 
A l'aube, elle sort de sa case suivie de ses compagnes.
Les paysans s'assemblent, les gongs résonnent pour chasser les démons, et la longue marche commence vers la haute montagne où se trouve l'antre du dieu. Des villages voisins alertés par les gongs, toutes les tribus accourent. Il faut chasser les esprits mauvais de la montagne et réveiller le dieu Cobra.
Arrivée devant la caverne, la grande prêtresse s'avance seule et dépose en offrande au dieu une corbeille de fleurs et de fruits.
Un sifflement étrange glace le sang des plus audacieux et la tête du dieu paraît dans la faille de la montagne. Elle, la prêtresse, reste immobile, et le cobra s'avance en ondulant. Alors elle épouse cette danse et comme lui, avance, recule, esquive les attaques, se jette de côté, ose le repousser de son bras tendu, essayant par tous les moyens de lui faire cracher son venin.
La foule médusée observe, retenant son souffle, ne sachant qui de la femme ou du serpent, réussira à hypnotiser l'autre. Soudain, sur une attaque encore plus violente, le serpent crache son venin. La prêtresse esquive de la main le coup fatal, et pendant un instant, la bête épuisée s'immobilise, la langue pendante. Alors avec la promptitude et la souplesse d'une liane, les lèvres de la grande prêtresse effleurent la tête plate du cobra.
La danse reprend ; esquives et attaques se succèdent jusqu'à ce que de nouveau, la langue pendante, le dieu cobra s’immobilise. Une deuxième fois, la prêtresse ose le baiser de la mort sur le museau plat. Elle est couverte de venin de la tête aux pieds. La danse fascinante reprend et une troisième fois le miracle s'opère.
 
Alors de grands cris sortent des poitrines de ceux qui regardent, les gongs de nouveau retentissent, la foule est en liesse. La prêtresse recule, salue le dieu qui se retire lentement dans son antre.
Un cortège joyeux se forme et redescend de la montagne.
C'est grande fête. Toute la journée et toute la nuit, le feu du serpent va monter dans les corps qui dansent, ondulent, s'accouplent.
Ah certes, des naissances suivront et la terre retrouvera sa fertilité pour longtemps !
 
Quelle imagination, ce conteur ! Pas du tout ! Cette scène a été filmée dans ce qui est depuis devenu le Triangle d’Or, aux confins de la Chine, de la Birmanie et du Siam. En 1940, deux explorateurs, Armand Denis et son épouse Leïla, remontèrent à dos d’éléphant dans la jungle jusqu’aux ruines de l’ancienne capitale du pays Thaï, détruite jadis par l’invasion du Mongol Koubïa Khan[2] et envahie par la végétation. Ils trouvèrent d’abord des scènes sculptées de cet étrange rituel.
Puis, assurés que ce culte existait encore, ils s’enfoncèrent plus avant et filmèrent la scène décrite qui fut projetée lors d’une émission « Ushuaia », il y a quelques années. Ce fut la première et peut-être la seule fois que des Européens virent une telle cérémonie. Sans le film, cela paraîtrait impensable à la plupart de nos contemporains.
Il y avait dans ce village quatre générations de prêtresses. La sœur plus jeune ne pouvait faire le rituel, allaitant un enfant ; son sang risquait d’être empoisonné. Deux autres sœurs étaient mortes dans d’atroces agonies.
Les chamans de ce temps peuvent rendre modestes ceux qui veulent devenir, disent-ils, « chamans » !
 

[2] - Petit-fils de Gengis Khan – XIIIe siècle.

 



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